
La statue de Jean-François Champollion au Collège de France
Les auditeurs fidèles du Collège de France connaissent bien la statue de Jean-François Champollion, sculpture d’Auguste Bartholdi exposée dans la cour d’honneur de l’institution depuis plus d’un siècle. L’œuvre a quitté en début d’année le Collège de France pour être mieux préservée. Retour sur l’histoire de cette statue qui rappelle la création, en 1831, de la première chaire d’égyptologie au Collège de France.
Une statue emblématique
Cette sculpture fut imaginée en 1865 par Auguste Bartholdi (1834-1904), à la fois fasciné par l’Égypte (qu’il avait découverte lors d’un voyage en 1855-1856) et fervent admirateur de Champollion. Haute de 2,40 m et pesant deux tonnes, l’œuvre est exposée depuis 1878 au Collège de France, où elle occupe, à partir des années 1910, une place centrale dans la cour d’honneur.
Destinée à l’origine à la ville natale du savant, Figeac, elle fut acquise par le gouvernement et placée au Collège de France, où Champollion avait donné les premiers cours d’égyptologie en 1831. Elle y fut inaugurée en 1878 par l’administrateur Édouard Laboulaye, qui eut l’idée de la Statue de la Liberté, réalisée aussi par Bartholdi.

Jean-François Champollion et l’égyptologie au Collège de France
Le 22 septembre 1822, Jean-François Champollion alors âgé de 31 ans, dans un état d’excitation extrême, achève sa fameuse Lettre à Monsieur Dacier, secrétaire perpétuel de l’Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres. Il y expliquait comment il avait percé le mystère des hiéroglyphes égyptiens : c’est le texte fondateur de leur déchiffrement.
Cette découverte lui ouvrira les portes du Louvre, où il sera conservateur chargé des antiquités égyptiennes, celles de l’Académie des inscriptions et belles-lettres et enfin celles du Collège de France qui lui confie la première chaire d’égyptologie au monde, qui s’appelle alors « Archéologie ». Il donne sa leçon inaugurale en 1831, mais ne peut enseigner qu’une année, puisqu’il meurt le 4 mars 1832.

Grâce à cette première chaire de Jean-François Champollion, l’égyptologie s’est établie comme discipline universitaire et depuis cette époque, le Collège de France a pu recruter des égyptologues de renommée internationale. Actuellement, le Pr Laurent Coulon est titulaire de la chaire Civilisation de l’Egypte pharaonique.
L’institut des civilisations du Collège de France héberge par ailleurs une bibliothèque d’egyptologie rassemblant un fonds précieux de 39 000 ouvrages et 342 titres de journaux imprimés, ainsi que des ouvrages et bases de données en ligne sur l’Égypte pharaonique de la période prédynastique à l’époque romaine. Elle permet aux chercheurs du monde entier de venir consulter ces fonds d’archives exceptionnels.
Qu’à voulu dire Bartholdi ?
« J’ai voulu rendre Champollion comme Œdipe arrachant au Sphinx son secret » – Auguste Bartholdi
La statue fait directement référence au voyage d’étude que Champollion fit en Égypte en 1828-1829. La position que le sculpteur donne à Champollion peut heurter nos sensibilités contemporaines, mais telle n’était pas l’intention de Bartholdi, qui s’inspire de deux traditions : d’une part, la méditation devant les ruines des civilisations disparues, [thème auquel le penseur et orientaliste Volney donna ses lettres de noblesse : « Je m’assis sur le tronc d’une colonne ; et là, le coude appuyé sur le genou, la tête soutenue sur la main, tantôt portant mes regards sur le désert, tantôt les fixant sur les ruines, je m’abandonnai à une rêverie profonde » (Les ruines ou Méditations sur les révolutions des Empires, 1789)].
D’autre part, le mythe grec d’Œdipe, vainqueur de la sphinge, monstre à corps de lion et à tête humaine qui terrorisait la région de Thèbes en dévorant quiconque ne pouvait trouver la réponse aux énigmes qu’il posait. Amalgamant la sphinge grecque au sphinx égyptien, Bartholdi assimile Champollion à Œdipe : « J’ai voulu rendre Champollion comme Œdipe arrachant au Sphinx son secret », écrit-il en 1867. Mais contrairement à cette tradition, Bartholdi ne représente pas les deux protagonistes face à face. Ne disposant que d’un bloc, il dut travailler sur un axe vertical qui semble mettre le savant dans une position dominante.
Bartholdi représente ainsi Champollion comme celui qui, résolvant l’énigme du sphinx, brisé à ses pieds, n’en est pas moins méditatif devant la civilisation qui se dévoile à ses yeux. Il saisit le savant dans une attitude empreinte à la fois de triomphe et d’humilité : vainqueur de l’énigme des hiéroglyphes, il entrevoit la grandeur d’une culture qui lui reste maintenant à comprendre.
Bibliographie : Julien Auber de Lapierre, « Une statue pour Champollion ou l’Œdipe qui vainquit le sphinx », dans J.-L. Fournet (dir.), Champollion 1822, et l’Égypte ancienne retrouva la parole, éditions du Collège de France, Paris, 2022, p. 108-126.
>Voir la conférence “La statue de Champollion au Collège de France : qu’a voulu dire Bartholdi ?”
– Julien Auber de Lapierre, chargé d’expositions à la Direction des Bibliothèques, Archives et Collections du Collège de France.
Un patrimoine exceptionnel à protéger

Exposée aux intempéries et fortement altérée malgré deux restaurations successives, la statue doit aujourd’hui rejoindre un espace couvert et protégé. La ville de Nogent-sur-Seine s’est portée candidate pour accueillir la statue au sein du musée Camille-Claudel, consacré à la sculpture du XIXe siècle et aux monuments publics de la IIIe République. L’enlèvement de la statue, préalable à des opérations d’entretien et de restauration, a eu lieu le 4 février 2026.
La statue emblématique ne quittera pas complètement la cour d’honneur du Collège de France : elle y sera remplacée par une épreuve en résine, produite par l’atelier Prométhée à partir d’un moule réalisé par l’atelier de chalcographie de la Réunion des musées nationaux. L’épreuve sera installée au centre de la cour d’honneur au mois de juin 2026. L’original de l’œuvre d’Auguste Bartholdi sera donc visible en région, tandis que sa réplique continuera d’évoquer la place toute particulière du savant exceptionnel que fut Champollion, au lieu même où elle fut installée au Collège de France il y a plus d’un siècle.
Le mécénat de la Fondation Louis Vicat
Cette opération de conservation et restauration de la statue de Jean-François Champollion a été menée avec le soutien de la Fondation Louis Vicat, qui œuvre pour la sauvegarde du patrimoine et la promotion de la culture scientifique. Le groupe cimentier Vicat porte le nom de l’ingénieur et chimiste français Louis Vicat, à l’origine de nombreuses recherches expérimentales sur les chaux et les ciments. Il découvrit en 1817 la loi de l’hydraulicité des chaux et ciments, découverte validée par l’Académie des sciences en 1818, qui fit de lui l’inventeur du ciment artificiel ou ciment moderne. Il ne déposa pas de brevet pour celle-ci choisissant d’en faire don à l’humanité.
La Fondation Vicat est particulièrement heureuse de soutenir le patrimoine du Collège de France à travers ce mécénat, considérant les liens qui unissent Louis Vicat et Jean-François Champollion.

Les chemins des jeunes Jean François Champollion et Louis Vicat se sont croisés à Grenoble. À l’âge de dix ans, Jean-François Champollion y rejoint son frère Jacques- Joseph, de douze ans son aîné. Il rencontre Louis Vicat à l’école centrale, lieu de formation encyclopédique, ancêtre du lycée Stendhal. Jean-François Champollion y suit des cours de botanique et de dessin. Mais quand l’école centrale devient lycée impérial sous Napoléon 1er, l’enseignement devient moins encyclopédique, et la discipline quasi militaire ne convient pas à Champollion. Il assouvit alors sa passion pour les langues anciennes en apprenant le latin, le grec l’hébreu, l’arabe, le syriaque ou encore l’araméen.
A Grenoble, Jean-François Champollion et Louis Vicat sont aussi liés par leur relation avec le mathématicien Joseph Fourier, alors préfet de l’Isère. Le frère de Jean-François Champollion a collaboré avec Joseph Fourier pour la Description de l’Egypte et ils ont travaillé ensemble à la faculté de Grenoble. Quant à Louis Vicat, c’est Joseph Fourier qui l’a fortement encouragé à intégrer l’Ecole polytechnique.
Louis Vicat s’installe à Souillac dans le Lot en 1812. Il y rencontre Raymond-Jean-Baptiste de Verninac Saint-Maur, qui lieutenant de vaisseau, fut chargé par la Marine d’acheminer l’obélisque de Louxor depuis le temple d’Amon à Louxor en Égypte, jusqu’à la place de la Concorde à Paris. L’Association Champollion de Grenoble conserve la correspondance entre Louis Vicat et Jean-Baptiste Champollion.
Préserver un patrimoine unique
Le Collège de France se distingue par la richesse et la diversité de son patrimoine. Ses statues et ses œuvres racontent l’histoire intellectuelle et artistique de la France et reflètent la diversité des savoirs qui ont traversé ses murs. Préserver ce patrimoine unique, le restaurer et le valoriser est l’un des défis du Collège de France pour continuer d’accueillir le plus large public dans ce lieu unique.
Le soutien de la Fondation du Collège de France et de ses mécènes permet aussi à l’institution de conserver et restaurer des collections précieuses pour la recherche française et internationale.
Photos @Patrick Imbert / Collège de France
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